La Libye des Kadhafi veut entrer dans l’ère du développement durable

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CYRENE (Libye), 11 sept 2007 – Désertique à 93%, la Libye des Kadhafi, forte de son retour sur la scène internationale, veut désormais entrer dans l’ère du développement durable, pour préserver ses trésors archéologiques méconnus et ses rares régions verdoyantes menacées.
Un programme écologique ambitieux, qui concerne la région montagneuse de Djebal Al-Akhdhar (la « Montagne verte »), à 1.200 km à l’est de Tripoli, a été lancé lundi par Seïf al-Islam, le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
« Il est temps de se joindre aux pays développés et montrer que la Libye est aussi concernée par l’environnement et la culture », a clamé à cette occasion le fils du leader libyen, qui fut très actif cet été à la tête de sa fondation dans le dénouement de l’affaire des infirmières bulgares, qui empoisonnait les relations avec l’Occident.
Le lancement du projet, au coeur de la cité grecque de Cyrène fondée en 631 avant Jésus-Christ, a donné lieu à la signature en grande pompe de la « Déclaration de Cyrène », un engagement de la Libye à préserver les vestiges et la biodiversité de cette région classée par l’Unesco au patrimoine mondial.
En habit traditionnel, au pied des colonnes monumentales de l’imposant temple de Zeus surplombant la Méditerranée, Seif –surnommé « l’ingénieur » en Libye– a affirmé que cette zone désormais protégée de 5.500 km2, et bordée de 200 km de côtes, serait la « première du genre au monde ».
« Ce trésor n’est pas uniquement pour les Libyens mais pour toute l’humanité », a-t-il fait valoir, devant des dizaines de journalistes et invités venus d’Europe et des Etats-Unis.
Ecotourisme, réserves naturelles, préservation de la faune et de la flore, industries propres, énergies renouvelables: le but est de parvenir à « zéro émission » de CO2, selon les promoteurs de ce projet, confié au célèbre architecte britannique Norman Foster, notamment connu pour ses travaux sur le Bundestag, le Parlement allemand.
Une « Autorité de la protection et du développement de la montagne verte » (Gmcda), composée d’ingénieurs, archéologues et d’experts en environnement, aura pour mission de veiller à l’exécution du projet, et notamment de mobiliser les investissements étrangers, dont le montant n’est pas précisé.
« C’est un grand projet et nous avons besoin d’une assistance et d’une aide étrangères », a expliqué Seïf al-Islam, qui a promis 70.000 emplois aux jeunes de la région, d’où est native sa mère.
« Ce que nous voyons maintenant n’est que 10% des vestiges, le reste est enfoui sous terre. Il nous faut une grande campagne pour faire sortir ces trésors », a-t-il insisté, espérant un « engagement de l’Union européenne pour aider à la restauration des anciennes cités en Libye ».
Selon Joseph Stanislaw, conseiller indépendant en matière d’énergie, présent lors de cette cérémonie, le projet, unique au monde « par sa taille et son approche holistique », sera financé « à parts égales » par la Libye et des investisseurs étrangers. Il pourrait coûter « des milliards et milliards de dollars ».
« La préservation de ce joyau est un moyen de développer des industries, de créer une économie locale dynamique et de préserver le patrimoine culturel de la région », ajoute ce président de JA Stanislaw Group, une entreprise impliquée dans l’élaboration du projet.
Les incendies de forêt et l’urbanisation galopante ont détruit des milliers d’hectares de forêt dans cette région qui ne compte plus que 180.000 hectares d’arbres contre 500.000 il y a 20 ans.
La Montagne verte est « au bord de la catastrophe environnementale et culturelle », a souligné le président du département archéologie de Libye, Jomâa Anag.
« C’est un projet grandiose », a pour sa part relevé un diplomate arabe, émettant le souhait que Tripoli ne se contente pas en la matière d’un simple « effet d’annonce ».




La Libye fête le 38e anniversaire de la révolution sur fond d’ouverture

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TRIPOLI, 31 août 2007 – La Libye fête samedi dans la discrétion le 38e anniversaire du coup d’Etat qui a porté au pouvoir Mouammar Kadhafi, au moment où le pays est engagé dans un processus de réformes et de réconciliation avec l’Occident sous l’impulsion du fils du numéro un libyen.
Comme chaque année, Tripoli est ornée de drapeaux et grands portraits du colonel Kadhafi, qui a renversé sans violence le vieux roi Idriss al-Senoussi le 1er septembre 1969. Des banderoles en hommage au « chef de la révolution » couvrent les murs de la capitale et des grandes villes.
Les médias d’Etat publient sur plusieurs épisodes « le récit de la révolution » rédigé par M. Kadhafi qui raconte les derniers jours de préparation du renversement de la monarchie.
Le dirigeant libyen a proclamé en 1977 la « Jamahiriya », qu’il définit comme un « Etat des masses » qui gouvernent par le biais de comités populaires élus. Sur le papier, il n’assume plus aucune fonction officielle, hormis le titre de « guide de la révolution » mais reste la clé de voûte du système politique.
Ses portraits géants accrochés en permanence à l’aéroport international, sur les frontons des bâtiments publics, à l’entrée des hôtels et sur les places publiques symbolisent son pouvoir qu’il a su garder depuis 38 ans.
Dans le cadre des célébrations en août, l’un de ses fils, Seif Al-Islam, a lancé plusieurs projets d’infrastructrures, dont des aéroports et des centrales électriques dans plusieurs régions du pays.
Le 20 août à Benghazi (est), il a présenté un projet de réformes, plaidant pour la rédaction d’une constitution et appelant à une accélération des privatisations et de la libération de l’économie. Il a exposé un plan de développement doté de 80 milliards d’euros.
De plus en plus présenté comme le futur successeur de son père, Seif Al-Islam s’est distingué comme l’émissaire le plus fiable du régime et l’artisan des réformes, soucieux de normaliser les relations avec l’Occident.
« L’inauguration par le fils de Kadhafi de méga-projets en présence du Premier ministre (Baghdadi Mahmoudi) qui était effacé à côté de lui, montre que le véritable chef est désormais Seif Al-Islam », a estimé un analyste arabe.
« Le projet de réformes annoncé n’est qu’une étape dans le processus de la +transition+ qui va permettre de garder le pouvoir aux mains de la famille mais ne va pas changer le fond du système », a-t-il dit.
Seif Al-islam était au coeur de la médiation dans l’affaire des infirmières bulgares libérées en juillet après plus de huit ans de détention en Libye, ainsi que du processus d’ouverture amorcé par Tripoli à la fin des années 1990 pour solder son passé d’ »Etat voyou ».
Accusée dans les années 1980-1990 de soutenir le terrorisme, la Libye avait été mise au ban de la communauté internationale après avoir été jugée responsable de l’attentat contre un avion américain (270 morts à Lockerbie en 1988), et contre un avion français UTA au Niger (170 morts en 1989).
La normalisation des relations avec l’Occident notamment, officialisée dans le cas des Etats-Unis en mai 2006, a débuté avec la remise de deux suspects de l’attentat de Lockerbie à la justice britannique en 1999 puis, en 2003, avec la renonciation au développement d’armes de destruction massive.
La Libye est depuis citée régulièrement par Washington comme un modèle à suivre en matière de désarmement et plusieurs compagnies américaines y ont remporté des contrats de prospection et production d’hydrocarbures.
Le règlement de l’affaire des praticiens bulgares a permis à Tripoli de garantir la normalisation complète de ses relations avec l’Europe. Au lendemain de leur libération, le président français Nicolas Sarkozy s’est rendu en Libye pour aider ce pays « à réintégrer le concert des nations », avec en prime un accord dans le domaine militaire et un réacteur nucléaire.




Libye: les premiers médias non-gouvernementaux s’essayent à la critique

31082007

TRIPOLI, 31 août 2007 – Des médias non-gouvernementaux, apparus en Libye cet été pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Mouammar Kadhafi le 1er septembre 1969, s’essayent à la critique, tout en soulignant que le « Guide » demeure la ligne rouge à ne pas franchir.
Rompant avec la couleur verte qui distingue les journaux officiels, les nouveaux quotidiens Oéa et Cyrene, respectivement les anciens noms grecs des villes de Tripoli et de Benghazi (est de la Libye), adoptent la couleur bleue et une mise en page attrayante pour souligner d’emblée leur différence.
Propriété de la société Al-Ghad (demain) qui vient de lancer en août la première chaîne de télévision privée -Al-Libiya-, les deux quotidiens ont dès leurs premiers numéros critiqué des membres de gouvernement, évoquant des dossiers jusqu’ici tabous.

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Le Premier ministre Baghdadi Mahmoudi a été le premier a en faire les frais. Critiqué pour un projet d’aménagement de Tripoli, Oéa lui a reproché d’avoir défiguré la capitale en ordonnant la démolition de bâtiments sans prévoir leur reconstruction.
Cyrene est allé plus loin en ouvrant le dossier des opposants libyens exilés à l’étranger.
Dans un éditorial, le journal estime que ces Libyens avaient quitté leur
pays après avoir eu « un sentiment d’insjustice politique ou économique », appelant les autorités à favoriser leur retour
Créé par des jeunes écrivains et de journalistes sous l’impulsion du fils du colonel Kadhafi, Seif Al-Islam, Al-Ghad veut opérer un « renouveau » dans le paysage médiatique en Libye, dominé depuis près de 40 ans par l’Office général libyen de la presse.
Trois quotidiens dépendant de cet organisme public - »Al-Fajr Jedid », « Al-Jamahiriya » et « Al-Chams »- paraissent en Libye. Un quatrième quotidien, « Al-Zahf Al-Aksak » est publié par les comités révolutionnaires, colonne dorsale du régime de Kadhafi qui interdit la parution de médias privés.
Le « Livre vert », condensé de la pensée politique du Guide, stipule que « la presse est un moyen d’expression de la société, et non le moyen d’expression d’une personne physique ou morale (…).
« Nous comptons donner une nouvelle image de la presse libyenne. Les médias ne doivent pas se contenter de rapporter les informations mais aider les organismes de l’Etat à combattre la corruption », souligne le directeur d’Al-Ghad, Mohamed Boussifi.
M. Boussifi affirme être « prêt à pousser la critique le plus loin possible », mais sans franchir « la ligne rouge du leader » Mouammar Kadhafi, tient-il à préciser.
Société d’impression, d’édition et de distribution, Al-Ghad a signé également des contrats avec des maisons d’éditions internationales pour assurer la distribution de publications étrangères « sans censure », ajoute-t-il, précisant que sa société avait installé 200 kiosques à journaux à Tripoli et à Benghazi pour assurer une meilleure distribution.
Bechir Belaou, le directeur de la chaîne Al-Libiya, promet que la nouvelle télévision offrira « une grande marge de liberté et de critique ».
« La programmation de la chaîne au cours du mois de ramadan (mois du jeûne musulman) sera déterminante pour souligner notre différence par rapport aux canaux officiels », ajoute-t-il.
Seif Al-Islam avait provoqué un tollé en déclarant en 2006 que les journaux libyens étaient « fades » et que « personne le les lisait », appelant à « libérer les médias de l’emprise de l’Etat ».
Récemment, en donnant les grandes lignes d’un projet de constitution, il a plaidé pour une « société dotée de médias indépendants pour mettre en exergue la corruption et la fraude ».







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